Je réponds à vos questions – mon volontariat au Japon 

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La team des étrangers, de gauche à droite : Roy – volontaire américain, Yvon – volontaire français, moi, Sam – résident au Japon depuis 13 ans et fermier

Suite à mon article concernant une journée type à la ferme Komeyakata, j’ai reçu beaucoup de questions sur mon aventure, mes démarches, mon ressenti.

Mon volontariat à la ferme Komeyakata au Japon ayant pris fin, je vous propose un retour en passant par les questions que nombreux d’entre vous m’ont posées.

Pourquoi souhaitais-tu faire du volontariat au japon ?

Depuis très longtemps, peut être bien une dizaine d’années, je suis passionnée par la culture japonaise. Je rêvais et idéalisais ce voyage, sans pour autant avoir le temps, mais surtout le courage de le réaliser. J’avais dès le départ une idée bien précise en tête : celle de vivre au sein d’une famille japonaise pendant minimum un mois. Je souhaitais une introduction à la culture en passant par la création de liens relationnels. Je voulais m’imprégner de leur quotidien.

Quelles démarches as-tu faites pour trouver ta mission de volontariat ? 

En novembre dernier, me sentant fin prête pour partir, autant d’un point de vue financier que psychique, je tape sur internet « immersion au japon« . Après une fine enquête de trois minutes sur divers forums et blogs, il s’avère que le site www.helpx.net semble être le plus adapté à ma requête. L’inscription coûte entre 15 et 20€ par an. Je m’inscris, crée un petit profil avec deux photos, puis commence à envoyer des messages aux hôtes.

Comment as-tu choisi ta mission de volontariat ?

J’ai choisi par rapport à l’emplacement. J’ai envoyé des messages aux annonces qui semblaient les plus éloignées des grandes villes. Deux fois j’ai eu une réponse affirmative, puis une annulation un mois plus tard. Un conseil pour ceux qui souhaitent se lancer dans le volontariat, pensez à relancer votre hôte au moins une fois par mois, pour être sûr qu’il soit toujours prêt à vous accueillir.

J’ai fini par trouver la ferme Komeyakata, située à Murayama (« village des montagnes »). Elle m’a charmée car elle était complètement perdue dans les montagnes, avec des tâches variées et une grande communauté (nous étions 13 en comptant la famille et les salariés !).

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Murayama

Comment as-tu fait sans parler le japonais ? 

Un des hôtes de la ferme est anglais, sa femme et sa fille, japonaises, parlent aussi anglais. Je pouvais donc aisément communiquer. Aussi, ai-je compris qu’il n’y avait pas besoin de parler la même langue pour pouvoir échanger. Le langage, c’est bien plus que des mots. Gestes, sourires, apprentissage rapide de quelques mots japonais, et le tour est joué ! J’ai eu des fous rires avec des japonais qui ne parlaient pas un mot d’anglais. N’ayez pas peur de la barrière de la langue !

Il y avait-il d’autres volontaires ? 

En général, nous étions deux ou trois. Et ce n’était pas de trop pour la quantité de travail !

Combien de temps es-tu restée ? 

Je suis restée six semaines dans la ferme. La moyenne est de deux trois semaines en général.

Quel était la fréquence de travail ? 

Je travaillais comme les fermiers, donc entre 10h et 14h par jour selon la quantité de travail et l’humeur des fruits et légumes. Je suis arrivée à la période la plus intense de l’année. Sur les six semaines, j’ai eu quatre jours de repos. J’avais tellement pris l’habitude du rythme de travail que même pendant les jours de repos je me levais super tôt par réflexe.

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Lieu de vie commun avec la famille – salon, cuisine, salle de jeux – repas du soir

Que faisais-tu pendant ton temps libre ?

Pendant mon temps libre, entre trois et quatre heures lors des journées de travail, je prenais essentiellement le temps d’écrire mes articles, de transférer et trier mes photos sur mon smartphone (je n’ai pas apporté de pc). Écrire un article se faisait sur plusieurs jours car j’avais très peu de temps.

J’aimais aussi lire un livre, après avoir pris une bonne douche et lancé une machine (ils ont toute une bibliothèque de livres anglophones), me poser dehors et apprécier le calme qui émane des montagnes. Lorsque j’avais la journée entière, je partais à l’aventure dans la région et cherchais le meilleur sentier de randonnée. Le temps libre me permettait aussi de discuter avec la famille, de boire une bière, de dire des blagues, de manger un bon repas, de partager des instants éphémères.

Ah oui, j’oubliais, pendant le temps libre, je dormais. Si j’avais trente minutes devant moi, je n’hésitais pas à me lancer dans une micro-sieste (je m’endormais quasi instantanément).

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Randonnée à Yamadera – Préfecture de Yamagata – pendant un Day off


Qu’as-tu fait à la ferme
?

Voici une liste des différentes activités par plantation. Certaines activités étaient quotidiennes, d’autres plus ponctuelles.

Les cerises 

  • Étendre des tissus blancs sous les cerisiers : la réflexion de la lumière fait rougir les cerises
  • Ôter les feuilles qui faisaient de l’ombre aux cerises, un travail délicat : une branche pouvait prendre plusieurs heures
  • Cueillir les cerises : j’ai fait toute la saison de la cueillette
  • Trier par taille
  • Dénoyauter les cerises
  • Ranger les tissus blancs, ranger la serre, la nettoyer
  • Ôter les bâches en plastique sur les toits de la serre
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Les potirons empilés à l’entrée de la maison

Les potirons

  • Cueillette
  • Tri par taille

Les concombres

  • Préparation d’un terrain fertile
  • Plantation
  • Arrosage
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Petite grenouille matinale dans les champs d’aubergines (autour de 5h30 du matin)

Les aubergines 

  • Cueillette
  • Tailler les plantes

Les pastèques 

  • Polliniser les pastèques
  • Planter des piquets à côté des pastèques qui seront prochainement cueillies

Les haricots 

  • Plantation des haricots
  • Arrosage

Les rizières 

  • Désherbage avec une machine
  • Désherbage à la main : une rangée prend minimum 2h, un véritable travail de patience
  • Porter des sacs de riz
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Travail dans les rizières (très physique)

La guest house 

  • Ménage

 Aide sur des événements

  • Stand de crêpes dans un événement style foodtruck
  • Soirée yakitori à la guesthouse
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Soirée Yakitori
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Stand de crêpes à la farine de riz (riz provenant de la ferme)

Qu’avais-tu en échange ? 

Une question que j’ai souvent eu : « Mais, tu gagnais pas d’argent pour faire ça ? Tu avais quoi en échange ? » Le sens du mot travailler à beaucoup changer au fil des siècles, étymologiquement, celui-ci signifie être torturé, souffrir. Aujourd’hui ce mot s’associe à celui de contre-partie, salaire, bénéfice. Ce séjour m’a beaucoup questionné sur le rapport de nos sociétés au travail (article de réflexion à venir…). Mais d’abord, une liste de la contrepartie :

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Le jardin des Roses, à deux pas de la ferme
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Papa avec sa fille et sa nièce qui s’amuse à faire des 8 à l’entrée de la maison
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Bento de luxe – pour fêter la fin de la saison des cerises
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Moment de détente avec la famille – baignade dans une rivière
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Soirée barbecue avec la famille
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Huître grillée – moi qui déteste les huîtres, qui aurait cru que j’allais adoré ça ?

Savais-tu dès le départ que tu travaillerais autant ?

Je savais que les journées seraient intenses. Mais il faut le vivre pour le croire, et le début fut quand même très éprouvant ! Je me suis imposée un rythme : je me couchais tôt, même si j’avais envie de rester boire des coups avec tout le monde. Je n’allais pas au karaoké à 22h, en sachant que le lendemain on se levait à 4h. Je voulais me sentir en forme, un jour après l’autre. Et cela a porté ses fruits 🙂 Les jours avançant, je prenais le rythme et avais de plus en plus d’énergie à revendre.

N’as-tu pas eu l’impression d’avoir été exploitée ?

J’ai été vraiment surprise lorsque j’ai eu cette question après avoir partagé mon article sur une journée type à la ferme. Pour moi, être exploitée, c’est lorsque l’on n’a pas le choix, lorsque l’autre profite de notre situation précaire. Si ma vie en avait dépendu, ou si cela avait touché mon intégrité mental et/ou psychique, mais que je me retrouvais contrainte de rester dans la ferme, alors oui cela aurait été de l’exploitation. Cependant, j’ai choisi d’être volontaire à la ferme, aucun contrat n’a été signé, je pouvais partir quand je voulais, rien ne me retenait. Donc non, je n’ai pas eu le sentiment d’être exploitée. Je me sentais libre.

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Adorable chenille repérée dans les champs d’aubergines

N’as-tu pas l’impression d’avoir volé l’emploi de quelqu’un en faisant autant d’heures ?

C’est une question intéressante, je n’avais jamais vu mon volontariat sous cet aspect là. Il est clair que la famille n’avait pas les moyens de payer un salarié supplémentaire à temps plein. Mon volontariat est plus à voir comme un « coup de main » qu’un emploi caché. D’ailleurs, la famille a des volontaires car elle souhaite partagée son expérience et donner envie aux autres d’avoir leur propre ferme. Cela va plus loin que la recherche d’une main d’œuvre supplémentaire. Le problème actuel que rencontre le Japon, et la France aussi d’ailleurs, est que les jeunes ne souhaitent plus travailler dans les fermes. Les exploitations agricoles sont en voix d’extinction. La ferme Komeyakata a donc eu l’idée de faire cet échange culturel. C’est comme ça d’ailleurs qu’ils ont embauché Moe qui, après être restée quelques mois comme volontaire, a souhaité devenir employée dans leur ferme. La ferme lui paie très peu, et elle reçoit une indemnisation de l’état (autour de l’équivalent de 1100€) qui valorise les jeunes qui se lancent dans l’agriculture.

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Tembo Art – l’art des rizières, tous les ans, une nouvelle œuvre pousse – les couleurs sont naturelles et viennent de différentes espèces de riz

Qu’est-ce qui a été difficile pour toi ?

Au début, il a été difficile pour moi de ne pas m’ennuyer. Sérieusement, je déteste les tâches répétitives, et je peux vous dire que le travail de fermier, selon la saison, demande une grande patience. Cueillir les cerises 4h, puis trier les cerises par taille pendant 5h, ça me rendait folle. La première semaine, je prenais ma montre et mon téléphone pour écouter de la musique qui ferait passer le temps plus vite. Finalement, plus les jours passaient, moins je le faisais. J’ai fini par laisser ma montre dans ma chambre et me laisser bercer par le rythme de la ferme. Je n’emportais plus ma musique non plus, j’écoutais le silence matinal, les petites grenouilles, les insectes et les japonais parler. Je me suis même surprise plusieurs fois à dire : « déjà la pause ? » Je pense que mon mode de pensée et ma temporalité interne avaient changé. J’étais réellement portée par la dynamique de la ferme. Moi qui pensais que le travail à la ferme me permettrait de penser, de « me recentrer sur moi-même et gnagnagna », je n’ai absolument pensé à rien, et ce fut particulièrement agréable.

Une autre difficulté a été celle de partir, tout simplement. Dire au revoir après avoir ri et cohabité ensemble un mois et demi. Putain, ce que c’est dur ! J’ai retenu mes larmes en partant. Une fois seule dans le train, elles se sont mises à couler. Allez savoir pourquoi, c’est bien la première fois que j’ai vécu un tel sentiment. On se dit « de toutes façons, on se reverra », mais en réalité, qu’en sait-on ?

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Joie générale lors de la cueillette de la dernière cerise… Demain, debout à 5h youpi ! De gauche à droite : Stukuru – employé à la ferme, Yoichiro – deuxième génération de la famille, Yvon – volontaire (il tient la dernière cerise dans ses mains), Roy – volontaire, Sam – marié à Nao soeur de Yoichiro, moi, Moe – employée à la ferme

Que t’as apporté cette expérience ?

Je trouve qu’il est difficile de répondre à cette question. Moi-même, avant d’y aller, je pensais que j’allais en ressortir riche. Riche de quoi ? Je n’en sais trop rien. Il s’avère que j’en suis ressortie identique. Je pose toujours autant de questions, j’ai toujours autant l’esprit de contradiction, et ne rien faire me stress toujours autant. Ce que j’ai pu conclure de mon périple, c’est que moins on a de préjugés, mieux on rencontre. J’ai juste lâché prise, je n’ai pensé à rien, je me suis laissée porter. Je vais essayer de maintenir cet état d’esprit le plus longtemps possible.

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Jeune pousse de haricot qui a été plantée juste après cette photo

Penses-tu que je suis capable de le faire ?

Je pense que tout le monde peut le faire. Si tu aimes rencontrer et apprendre, si le mot « adaptation » ne te fait pas peur, tu n’as plus qu’à te lancer dans le volontariat ! Tu peux aussi commencer en France et prendre un billet de train qui t’amène à une heure de Paris, ils ont aussi besoin d’aide par ici !


Tout le monde vit et ressent différemment. Je suis curieuse de lire votre expérience. Partagez votre récit de volontariat en commentaire !


Votre curiosité n’a pas encore été assouvie ? N’hésitez pas à me poser des questions où simplement à échanger avec moi, j’ajouterai les questions à l’article, c’est avec un vif intérêt que je vous répondrai !

🙂

A très bientôt, mes chers mignons et adorables petits lecteurs

Votre dévouée Lili-chan

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